Comme un malentendu de salut : Parole due

Combien de fleuves

de montagnes
de mers
de désastres
penser combien de siècles
les forêts
parole due:
l’enlisement s’enroule
seul le dur est arable
danse mémoire danse éligible
l’invivable en son site
Avance devance
laisse à l’horizon s’assoupir la caravane des mornes
le lion au nord qu’il éructe ses entrailles
au carrefour parmi la lave qui trop vite refroidit
tu rencontreras l ‘enfant
c’est le vent qu’il s’agit
de l’élan du poumon accompagne-le longtemps
avance
en chemin
sans écarter les chiens
le vent par toi vivant par toi-même les acharne
de tout ce que de montagne il s’est bâti en toi
construis chaque pas déconcertant
la pierraille sommeilleuse
ne dépare pas le pur visage de l’avenir
bâtisseur d’un insolite demain
que ton fil ne se noue
que ta voix ne s’éraille
que ne confinent tes voies
Avance

Aimé Césaire

Peinture originale par Antonio Guerrero Pinín.

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